23 Mai Les « néobanques » débarquent

Coup sur coup, plusieurs offres bancaires 100% mobiles ont été lancées ou sont sur le point de l’être. Une approche totalement différente de la banque qui vient bousculer les réseaux traditionnels.

Les états-majors des banques françaises sont sur le pied de guerre. Le 6 juillet prochain, les réseaux bancaires traditionnels vont devoir faire face à une offensive de grande ampleur. Ce jour-là, le géant des télécom Orange va lancer son offre bancaire, baptisée Orange Bank. Stéphane Richard, le PDG de l’opérateur historique, a prévenu qu’il s’agira de « la première banque pensée par des experts du numérique, nativement digitale, prioritairement mobile ».

Le patron de l’ex-France Telecom prévoit de convaincre pas moins de 2 millions de clients en l’espace de dix ans. De quoi faire trembler les BNP Paribas, Société Générale, LCL et autres Banques Populaires. Car les majors de la banque tricolore savent que l’ancien monopole historique peut s’appuyer sur son énorme trésorerie, sa marque Orange de renommée mondiale et son fichier d’abonnés à ses offres de téléphonie fixe, mobile et Internet qui constituent autant de « prospects ». Sans oublier ses points de vente répartis dans l’ensemble de l’Hexagone (quelque 140 boutiques proposeront, dans un premier temps, Orange Bank).

Des nouveaux services

Mais outre cette force de frappe d’envergue, les banques traditionnelles ont surtout peur qu’Orange Bank impose de nouvelles pratiques bancaires chez les Français. Car la nouvelle venue fait partie de ce que l’on appelle les « néobanques » ou « banques digitales ». Concrètement, quasiment toutes les opérations pourront être réalisées avec son smartphone. Via l’application mobile Orange Bank, le client pourra bloquer à distance sa carte bancaire en cas de perte ou de vol, connaître l’état de son compte en temps réel, virer de l’argent par SMS et effectuer des achats grâce au paiement sans contact. Il sera même possible d’ouvrir un compte en photographiant simplement sa pièce d’identité.

Autant de services que l’appli N26 propose déjà. Dans cette « néobanque » d’origine allemande et qui est en train de faire un tabac en France, l’ouverture de compte se fait par visioconférence, le code confidentiel de la carte bancaire est modifiable à distance et des « notifications » push sont envoyées à chaque débit pour éviter les transactions frauduleuses. Ne disposant d’aucune agence et ne faisant pas de publicité, N26 peut se permettre de proposer des tarifs très bas. Dans l’offre de base, tout est gratuit sauf les retraits à l’étranger (1,7% de commission) et en France, à partir du sixième (2 euros par opération).

Contre-offensives

Lancée le 18 avril par Carrefour, la carte C-Zam, également 100% mobile, coûte, elle, seulement 5 euros à l’achat, puis 1 euro chaque mois pour la tenue de compte. Simplicité d’utilisation et frais de gestion riquiquis, le cocktail des « néobanques » peut s’avérer dangereux pour les banques traditionnelles.

Ces dernières l’ont d’ailleurs bien compris et sont déjà à la manœuvre. Le Crédit Agricole teste Freasy, une offre mobile « low cost » pour les jeunes. Les Caisses d’Epargne travaillent sur l’ouverture d’un compte à distance via l’application « howizi ». Même la Banque Postale préparerait une banque digitale en 2018. Quant à BNP Paribas, l’établissement de la rue d’Antin a racheté en avril dernier Compte Nickel, le service bancaire « sans banque » commercialisé chez les buralistes et qui a déjà séduit un demi-million de Français.